mardi 10 avril 2007

L'Ogre

J'ai reçu il y a peu une des illustrations de mon compère et ami Laurent Miny. Je ne résiste pas à le mettre sur le blog, avec un extrait du livre que nous écrivons ensemble : "Carnet d'un elficologue urbain."

Cela dit, son ogre me rappelle vaguement quelqu'un...



FICHE : L’OGRE

Qui n’a pas entendu parler de ce personnage aussi emblématique du conte de fée que la sorcière, le prince charmant ou la belle princesse ?
Enorme, puissant, gourmand, gourmet, propriétaire de châteaux au milieu des forêts ou des montagnes, chaussés de bottes magiques, détenteurs d’artéfacts anciens... On le voit courant le pays à la recherche de chair fraîche, ou tendant des pièges pour attirer son déjeuner préféré, les enfants, bien tendres, bien dodus...
Réparti partout dans le monde, l’ogre et l’ogresse hantent les frontières du monde des hommes depuis des siècles…
Le moins qu’on puisse dire c’est que lorsqu’il a franchi lesdites frontières pour se chercher un appart’ en ville, l’ogre citadin s’est beaucoup distingué de l’ogre traditionnel. Après tout, le phénomène est classique : Le chasseur finit toujours par s’intéresser à son gibier…

Apparence : Grand, voire très grand, de la taille d’un homme fort. L’ogre rustique peut atteindre deux fois cette taille, mais la discrétion étant de mise, aucun de ces colosses n’est venu s’établir en ville. Tendance marquée à l’embonpoint. Ses traits sont humains, mais grossiers : Nez forts, lèvres lippues, sourçils embroussaillés et front bas sont courants dans leur apparence. La mâchoire est puissante et musclée, en accord avec une dentition qu’on qualifierait de normale pour un grizzly adulte. Quoique cette dernière ait beaucoup pâti du changement de mode de vie des ogres. Plusieurs dentistes ont investi dans du matériel de chantier pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante, et payé des cours de musculation à leurs assistantes, afin qu’elles puissent tenir les instruments sans risquer le tour de rein. .
Mode de furtivité : L’ogre se fond dans la masse. Heureusement, la ville fournit une ample masse dans laquelle se fondre. N’étant que peu doué pour la discrétion, la magie ou le déguisement, la plupart des ogres se repèrent facilement dans l’environnement urbain, où on les confond avec de gros types ayant abusé de la soupe. Notons que l’espèce n’est pas spécialement connue pour ses génies, et que nombre d’entre eux se rendent plus voyants encore par des fautes vestimentaires à la hauteur de leurs limitations intellectuelles.
Régime alimentaire : Traditionnellement anthropophage, l’ogre devenu citadin a connu un changement radical et entre nous salutaire de son régime alimentaire.
Beaucoup d’entre eux ont en effet développé très tôt des talents de pâtissier, confiseur et autres pour préparer les appâts aptes à attirer les bambins. Hélas pour eux, leur intelligence limitée permit à des garnements futés de leur échapper facilement. Il ne restait plus pour calmer la faim que la maison de pain d’épice, le manège en meringue, la fontaine de chocolat ou la forêt de barbe à papa si soigneusement préparé. Quoi d’étonnant alors que les ogres aient développé un goût du sucré qui finit par surpasser celui de la chair fraîche ?

Mode de vie :
Les métiers de bouche ont accueilli à bras ouverts à cette main d’œuvre experte. On trouve aujourd’hui des ogres dans toutes les branches de la confiserie, de la pâtisserie et de la chocolaterie. Les plus doués ont établi des restaurants et, vêtus du tablier et de la toque, doublé d’un sens " féroce " de la négociation, ont raflé les étoiles dans les guides de gastronomie. D’autres ont fait usage de leur talent au hachoir pour se faire boucher charcutier. Hélas, la proximité quotidienne du sang et de la viande en a conduit dans des sentiers regrettables. Un cas est resté célèbre à Paris d’un ogre qui vendait un pâté réputé, et qui donna quelques indigestions à sa clientèle lorsqu’elle apprit d’où venait la viande qui était à la base de ce délice charcutier. Un autre cas de deux bouchers suédois se serait fait jour récemment.
On trouve aussi des ogres dans les affaires, où leur ambition dévorante est crainte dans tous les conseils d’administration, et, plus étonnant encore, certains sont devenus des éducateurs de jeunes enfants de premier ordre, sévères, mais justes et passionnés.
Normal, au fond. Quand on a passé sa vie à chasser, le meilleur moyen de se reconvertir n’est il pas de se faire garde-chasse ?
On les voit alors, diriger de main de maître leurs établissements, l’œil injecté de sang, la voix rocailleuse, bâtir de leur mains parcs et terrains de jeu, servir des goûters gargantuesques en souriant dans leur barbe, et donner d’un geste bourru le jouet fabriqué maison à un gamin minuscule, dissimulant dans une toux gêné un cœur gros comme ça.
L’ogre d’aujourd’hui est un honnête citoyen, un peu colérique, mais qui évite de trop faire parler de lui. Seule une poignée misérable et traquée perpétue les anciennes et sanglantes coutumes.
Mais l’immense majorité de leurs semblables condamnent cette attitude passéiste qui nuit à l’image de l’ogrisme moderne et l’empêche d’entrer de plein pied dans le troisième millénaire.

Signe de présence :
Au restaurant, une ombre vous recouvre lentement. Vous vous tournez et vous trouvez en face d’un tablier gigantesque couleur de neige tandis qu’une voix rappelant un début d’avalanche vous demande depuis les sommets : " C’est vous qui avez renvoyé votre tournedos en cuisine parce qu’il était pas assez cuit ?"

1 commentaire:

Marchello a dit…

Bonjours chez toi, bienvenue dans le monde des blogs. J'aime bien le monde du conte alors je te mets dans mes favoris et je passe un commentaire de temps en temps.