lundi 2 avril 2007

Album souvenir.


Bonjour à tous.

Je commencerai ce blog par une série d'albums souvenir.
Cela fait quatorze ans. Déjà. Il y a quatorze ans, je décidais de devenir conteur.
Cela c'est passé au Château de Comper, en Bretagne.
Nous y étions allé, mon cousin Vincent et moi, en purs touristes, avec nos petites motos rafistolées et nos rêves plein la tête. Nous comptions rester quelques jours à Paimpont, cap sur lequel nous avions décidé d'entamer notre périple, puis de rayonner sur la Bretagne selon nos humeurs.
On n'a plus décollé de la Forêt de tout le reste de notre séjour.

J'ai conté au bord de la fontaine de Barenton. Mon premier public "non initié". Entendez par là, qui n'était ni de la famille, ni de mon cercle de copain, ni pratiquant de ces jeux de rôle dans lesquels j'ai fait mes premières armes.

J'ai eu la révélation que c'était là ce que je voulais : Devenir conteur.

Quelques jours plus tard, nous étions allé assister à un spectacle fait au Château de Comper dans le cadre des activités du Centre de l'Imaginaire Arthurien. Un personnage présentait le spectacle, vétu d'un costume médiéval, passionnant la foule et la faisant entrer dans un autre univers, le temps d'une promenade fantastique le long des berges du lac de Vivianne.

J'ai murmuré à mon cousin :

" Tu vois ce type ? Un jour, c'est moi qui serais lui. Moi qu'on écoutera, à la même place."

Quelques avatars, stages de contes, années de théâtre et autres petits boulots d'animation plus tard, sans compter deux histoires d'amour et longs mois d'incertitude existentielle, treize années ont passé. Années durant lesquels je me suis construit, au fil des opportunités et des hasards, une pratique de conteur.
Je suis revenu au Pays de Brocéliande, au Château de Comper.
Et cet été là, j'ai bouclé la boucle. Le temps d'une lecture, j'étais là, c'était moi qu'on écoutait dans mon costume patiemment élaboré au fil des rencontres (merci Del, merci Max, merci Gaëlle), moi qui captivait la foule et lui ouvrait les portes d'un univers.

C'était il y a deux ans. La directrice m'a fait voir le programme des activités de cette année. On m'y voit conter sous le grand chêne torturé qui semble ancrer les mythes et les légendes au bord du lac, dans une de ces poses où l'esprit vous habite et sourd à travers vos paupières closes, tandis que vous n'êtes plus qu'un canal trop étroit pour le flux de la muse (Merci Hervé pour la photo.). J'ai été ému.
Baladin. Jongleur de rimes de mirliton. Grand coureur de prétentaine. Qu'ai-je accompli ?
D'aucun diront que c'est fort peu.
Moi je vous dirais juste que je suis devenu ce que je voulais devenir.

Il reste tant de sentier à courir, tant de mots à dire, tant de rêves à partager.
Je ne sais ce qui m'attend le long du sentier, mais je pourrais d'ore et déjà dire au terme de mon parcours, quand mon visage sera griffé par l'habitude, et que la raie de mes cheveux déserteurs sera remplacé par les sillons ravinés du grand âge, quand je parviendrais au temps où, proche de l'épilogue, je pourrais avoir une vue d'ensemble sur ma propre histoire, oui, je pourrais dire tel Casanova à ses amis le pressant d'écrire ses mémoires :

"J'ai souvenir d'avoir été heureux."

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