mardi 10 avril 2007

L'Ogre

J'ai reçu il y a peu une des illustrations de mon compère et ami Laurent Miny. Je ne résiste pas à le mettre sur le blog, avec un extrait du livre que nous écrivons ensemble : "Carnet d'un elficologue urbain."

Cela dit, son ogre me rappelle vaguement quelqu'un...



FICHE : L’OGRE

Qui n’a pas entendu parler de ce personnage aussi emblématique du conte de fée que la sorcière, le prince charmant ou la belle princesse ?
Enorme, puissant, gourmand, gourmet, propriétaire de châteaux au milieu des forêts ou des montagnes, chaussés de bottes magiques, détenteurs d’artéfacts anciens... On le voit courant le pays à la recherche de chair fraîche, ou tendant des pièges pour attirer son déjeuner préféré, les enfants, bien tendres, bien dodus...
Réparti partout dans le monde, l’ogre et l’ogresse hantent les frontières du monde des hommes depuis des siècles…
Le moins qu’on puisse dire c’est que lorsqu’il a franchi lesdites frontières pour se chercher un appart’ en ville, l’ogre citadin s’est beaucoup distingué de l’ogre traditionnel. Après tout, le phénomène est classique : Le chasseur finit toujours par s’intéresser à son gibier…

Apparence : Grand, voire très grand, de la taille d’un homme fort. L’ogre rustique peut atteindre deux fois cette taille, mais la discrétion étant de mise, aucun de ces colosses n’est venu s’établir en ville. Tendance marquée à l’embonpoint. Ses traits sont humains, mais grossiers : Nez forts, lèvres lippues, sourçils embroussaillés et front bas sont courants dans leur apparence. La mâchoire est puissante et musclée, en accord avec une dentition qu’on qualifierait de normale pour un grizzly adulte. Quoique cette dernière ait beaucoup pâti du changement de mode de vie des ogres. Plusieurs dentistes ont investi dans du matériel de chantier pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante, et payé des cours de musculation à leurs assistantes, afin qu’elles puissent tenir les instruments sans risquer le tour de rein. .
Mode de furtivité : L’ogre se fond dans la masse. Heureusement, la ville fournit une ample masse dans laquelle se fondre. N’étant que peu doué pour la discrétion, la magie ou le déguisement, la plupart des ogres se repèrent facilement dans l’environnement urbain, où on les confond avec de gros types ayant abusé de la soupe. Notons que l’espèce n’est pas spécialement connue pour ses génies, et que nombre d’entre eux se rendent plus voyants encore par des fautes vestimentaires à la hauteur de leurs limitations intellectuelles.
Régime alimentaire : Traditionnellement anthropophage, l’ogre devenu citadin a connu un changement radical et entre nous salutaire de son régime alimentaire.
Beaucoup d’entre eux ont en effet développé très tôt des talents de pâtissier, confiseur et autres pour préparer les appâts aptes à attirer les bambins. Hélas pour eux, leur intelligence limitée permit à des garnements futés de leur échapper facilement. Il ne restait plus pour calmer la faim que la maison de pain d’épice, le manège en meringue, la fontaine de chocolat ou la forêt de barbe à papa si soigneusement préparé. Quoi d’étonnant alors que les ogres aient développé un goût du sucré qui finit par surpasser celui de la chair fraîche ?

Mode de vie :
Les métiers de bouche ont accueilli à bras ouverts à cette main d’œuvre experte. On trouve aujourd’hui des ogres dans toutes les branches de la confiserie, de la pâtisserie et de la chocolaterie. Les plus doués ont établi des restaurants et, vêtus du tablier et de la toque, doublé d’un sens " féroce " de la négociation, ont raflé les étoiles dans les guides de gastronomie. D’autres ont fait usage de leur talent au hachoir pour se faire boucher charcutier. Hélas, la proximité quotidienne du sang et de la viande en a conduit dans des sentiers regrettables. Un cas est resté célèbre à Paris d’un ogre qui vendait un pâté réputé, et qui donna quelques indigestions à sa clientèle lorsqu’elle apprit d’où venait la viande qui était à la base de ce délice charcutier. Un autre cas de deux bouchers suédois se serait fait jour récemment.
On trouve aussi des ogres dans les affaires, où leur ambition dévorante est crainte dans tous les conseils d’administration, et, plus étonnant encore, certains sont devenus des éducateurs de jeunes enfants de premier ordre, sévères, mais justes et passionnés.
Normal, au fond. Quand on a passé sa vie à chasser, le meilleur moyen de se reconvertir n’est il pas de se faire garde-chasse ?
On les voit alors, diriger de main de maître leurs établissements, l’œil injecté de sang, la voix rocailleuse, bâtir de leur mains parcs et terrains de jeu, servir des goûters gargantuesques en souriant dans leur barbe, et donner d’un geste bourru le jouet fabriqué maison à un gamin minuscule, dissimulant dans une toux gêné un cœur gros comme ça.
L’ogre d’aujourd’hui est un honnête citoyen, un peu colérique, mais qui évite de trop faire parler de lui. Seule une poignée misérable et traquée perpétue les anciennes et sanglantes coutumes.
Mais l’immense majorité de leurs semblables condamnent cette attitude passéiste qui nuit à l’image de l’ogrisme moderne et l’empêche d’entrer de plein pied dans le troisième millénaire.

Signe de présence :
Au restaurant, une ombre vous recouvre lentement. Vous vous tournez et vous trouvez en face d’un tablier gigantesque couleur de neige tandis qu’une voix rappelant un début d’avalanche vous demande depuis les sommets : " C’est vous qui avez renvoyé votre tournedos en cuisine parce qu’il était pas assez cuit ?"

Documents de présentation.






Voici quelques documents imprimables pour me voir et m'avoir dans mes activités.
(Merci à Nicolas Aufrère pour ses illustrations et sa longue et fidèle amitié.)

samedi 7 avril 2007

Histoire d'un soir

Bien le bonjour,



Retour des "Histoires d'un soir" à Steenwerck.

La salle du musée de la vie rurale où nous avons dit est vraiment idéal pour conter, avec sa salle basse, ses poutres décorées de houblon séché, son ambiance de vieil estaminet...

Une soirée vraiment joyeuse pour mon quatrième passage dans ces soirées organisées par les Foyers Ruraux du nord Pas-de-Calais, occasion d'entendre des conteurs de tous horizons et de toute pratique.
Ce soir là j'ai particulièrement apprécié la dernière histoire de Christian Pierron et de sa complice bruxelloise. N'hésitez pas à leur rendre visite si vous les apercevez sur une affiche ou à la présentation d'un de leurs spectacles. Il nous on fait vivre un très bon moment et sont prêts à recommencer !


vendredi 6 avril 2007

Sauvons Brocéliande.

SAUVONS BROCELIANDE !

La forêt de Paimpont est constamment en butte à des menaces les plus diverses. La dernière en date (pour l'instant) est la construction d'une décharge qui va défigurer tout un secteur de la forêt, avec nuisances annexe.

Personne ne veux d'une décharge à côté de chez lui. Et il faut bien qu'on la mette quelque part pourtant. (du moins tant que les pouvoirs publics et les industriels n'auront pas fait ce qui est nécessaire pour diminuer la production de dechets et améliorer leur recyclage. Mais cela c'est un autre débat.)

Mais par tout les diables, pas là !

Pas au milieu d'un site dont l'importance culturelle est telle que des dizaine de million de personnes peuvent vous en citer le nom, dans et hors de nos frontières, un site qui représente pour l'imaginaire de toutes ces personnes un ancrage aussi profond que nécessaire.

voici un lien pour vous mettre au courant et soutenir l'association qui se bat depuis des années pour protéger la forêt de Merlin et de Vivianne.

http://www.sauvegarde-broceliande.org/

Bien à vous,

Tortequesne

sculptures de fées




Je travaille en ce moment sur une nouvelle sculpture en argile et je ne résiste pas à l'envie de vous montrer quelques unes de mes créations.


Le rapport aux fées est une chose subtile et fugace. Voir une fée, c'est une rencontre entre l'émotion, le regard et... Autre chose. Que nous essayons de retranscrire au mieux. C'est ce que j'essaye de faire avec mes sculptures comme avec mes contes de fées.

Le Géant Harengus

Bien le bonjour !

Voici un conte que j'ai écrit sur la demande de l'association "Les amis des géants de Seclin" pour le baptème de leur géant : Harengus. Rencontrer l'association, et particulièrement son président, (Raymond, mes salutations.) a été une de ces expériences qui vous laissent un souvenir lumineux. J'ai été honoré d'avoir pu participer au baptème de Harengus junior ce matin de printemps. Et puis, danser le Rigodon main dans la main avec le maire de Seclin, ca laisse des souvenirs !
Trait entre la légende et l'histoire, entre le pays et son peuple, entre le présent et la mémoire, les géants sont LA pierre angulaire de la tradition du Nord.

Alors, si vous croisez TIT FRERE, HARENGUS ou MARGUERITE passez leur le salut du Tortequesne.



Un conte de Flandre

Le comte de Flandre est revenu ! Baudouin, le neuvième, qu’on disait mort en terre sainte, ce Baudouin là qui fut si brave qu’on le fit empereur de Constantinople, le comte de Flandre est revenu ! Comme un moine ou un pénitent, il est réapparu et a réclamé sa terre. Il l’a réclamé à sa fille Marguerite, bien surprise par ce retour si inattendu, si inespéré, si étrange… Ce père qu’on disait enterrer, était-il ce grand gaillard roux en robe de bure et au regard de braise comme habité de fièvre ?Marguerite au fond de son cœur l’aurait bien voulu croire, mais elle savait bien quelles ruses et quelles bassesses pouvaient faire certain pour s’emparer de la belle terre de Flandre. Elle-même n’avait elle pas été la prisonnière du roi de France, qui convoitait le comté ? Sa sœur n’avait-elle pas dû épouser un de ses fidèles, ce prince Ferrant qui eut la bonne idée de mourir à la bataille pour laisser son épouse régner sur sa terre avec bonté et justice ? Maintenant, Jeanne aussi était dans la tombe et Marguerite régnait à présent dans pour laquelle sa famille avait tant œuvré.Après tant d’années, qui pouvait être ce moine qui se prétendait empereur, ce gaillard roux qui rameutait la foule et qui faisait chuchoter dans le pays : " Le comte de Flandre est revenu ! Le comte de Flandre est revenu ! " ?
Sombre étaient les pensées de Marguerite alors qu’elle visitait l’une de ses foires qui faisaient la richesse et la joie des villes de Flandre.Or voilà que l’un de ses gardes bouscula un vieil homme en haillon, un vagabond, portant le bourdon du pèlerin. " Place ! " Cria le garde " Place pour notre comtesse Marguerite ! "Et le garde pour faire bonne mesure rudoya encore le malheureux. Marguerite se mit en colère :" Allons ! Que cet homme aille librement et que l’on n’en dise pas qu’en ma terre on y maltraite les passants, qu’ils soient nobles ou petites gens. "Et elle releva elle même le vieil homme, portant même la main à sa ceinture pour lui faire l’aumône." Marguerite. " Fit celui-ci. " Voilà bien des années que je ne t’avais vue, moi qui t’ai mise au berceau. "Surprise la comtesse dit :" Vous me connaissez, mais je suis née en la cité de Valenciennes dans le Comté du Hainaut. "" C’est vrai, comme il est vrai que j’y étais, et que j’ai bien connu votre père et votre mère. Je fus le compagnon du Comte Baudouin à la croisade et l’ai suivi jusqu’au bout, et aussi votre mère dans ses derniers instants. "
" Alors, vous avez connu mon père ? Dites moi alors votre avis, sur ce moine roux qui prétend être l’empereur de Constantinople. Est-il mon père, est-ce la vérité? "Le vieil homme hocha la tête et répondit :" Non point car mon seigneur Baudouin est mort dans mes bras à Andrinople. Ah, Marguerite, malgré ses soucis et les dangers de ces terres lointaines, ses pensées étaient ici, avec vous, votre mère et votre sœur, et seul un songe l’avait un peu rassuré. Car mon seigneur le comte m’avait confié avoir rêvé d’un poisson d’or qui lui avait dit " n’aie pas de peur pour ton comté. " A ces mots Marguerite devint toute pâle, mais l’homme lui dit encore :" et ce n’est pas tout, votre mère fit le même rêve peu avant que la fièvre l’emporte auprès de son défunt époux. Le poisson aux reflets d’or lui a dit : " Ne t’inquiète pas de tes filles et de ton comté ! "Et marguerite pâlit encore." Est-ce donc vrai ? Alors que j’étais prisonnière du roi de France, j’ai un jour vu jaillir d’une fontaine un poisson aux reflets d’or qui m’a dit les mêmes paroles, il m’a dit ces mêmes paroles et que, comme ma sœur, je serais la bienfaitrice de mon peuple. Jamais je n’avais osé le dire car je croyais avoir rêvé. "Le vieil homme soupira et dit :" Alors le roi poisson est apparu trois fois pour rassurer votre famille. Il vous a donc donné sa protection. C’est un bon signe car quand la terre de Flandre faiblit, jamais la mer ne nous a manqué pour subvenir à tous. Tu as eu cœur généreux à donner de ta peine pour relever un vieillard et lui donner de ton bien. Garde ce cœur là, aie amour et respect pour ta terre et elle te rendra ta confiance. Et si la terre faiblit, tourne toi vers la mer, elle ne te fera jamais défaut. "Marguerite accepta ce conseil et dit encore au vieil homme :" ne peux-tu m’aider à confondre ce moine roux qui se prétend comte de Flandre ? "" Ha, mais qui croirait un vieil homme qui aujourd’hui court les routes à la recherche de son salut, un errant dont plus personne n’a gardé la mémoire ? Les gens veulent croire au retour de leur comte bien-aimé et leurs cœurs seront plus enclins aux jolis mensonges de ce mauvais-là qu’à mes tristes vérités. Non. Je ne puis t’aider ainsi. Mais je te donnerai ceci, que ton père me remit il y a bien longtemps : C’est une relique, une épine de la couronne du Christ. Tiens la dans ta main quand tu le verras et tu sauras quel est le cœur de ce moine là. Adieu Marguerite, et souviens toi : Le roi poisson veille sur toi et notre terre. Fie toi à lui et la terre ne te manquera jamais. "
Troublée par ces paroles, elle y réfléchit longuement et fit savoir qu’elle accepterait de rencontrer le moine roux afin d’examiner ses prétentions.Elle se rendit donc au lieu où il avait l’habitude de parler à la foule, sur le bord de la rivière, tandis que lui même parlait juché sur une barque à fond plat. Et il avait fière allure le bonhomme, malgré la pauvreté de ses vêtements. Et il parlait bien ! Et il semblait si sûr de lui ! Ce pouvait-il que malgré tout…Dissimulé dans la foule, Marguerite serra bien fort la relique donnée par le vieil homme et observa le moine de tous ses yeux.Et voilà, comme un voile qui vous obscurcissait la vue et qui se déchire, que Marguerite peut voir ce qu’elle n’avait pas vu jusque là. Ce regard de convoitise et de malveillance, elle le connaissait bien, c’était le même regard qu’avait le Roi de France quand il caressait l’idée de s’emparer de la Flandre ! Et il flamboyait, il flamboyait… Ho non, cet homme n’était pas son père et n’était même pas un homme ! Car à le voir ainsi, il paraissait comme un démon gesticulant, tandis que la foule buvait ses paroles avec ravissement. Un démon, oui ! Un diable…Marguerite serra encore plus l’épine et murmura :" Roi poisson, si tu veilles vraiment sur ma terre et ma famille, fais que ce diable ne s’empare jamais du comté de Flandre. "Et voilà que l’eau bouillonne à côté de la barque ! Et sous les yeux médusés de la foule et de Marguerite jaillit un poisson doré, si grand, si grand, que bondissant par dessus la barque, il parvint à gober le moine roux tout entier, d’une seule bouchée, avant de replonger dans les eux de la rivière !Il y eut grand bruit, beaucoup d’émotion, mais il fallut peu de temps pour que chacun se réveille du charme lancé par le démon roux et que la Flandre s’apaise.
Marguerite regagna son château de Gand et put régner en paix…En paix ? Pas tout à fait, car le diable, furieux de n’avoir pu s’emparer du trône de Flandre, y sema le malheur. Partout on signalait le fantôme du moine roux et partout où il apparaissait, famine, maladie et chagrin s’installaient.Rude temps pour la Flandre, temps de disette, tandis que les ennemis des comtesses menaçaient sa terre.Elle décida d’ouvrir pour soulager de la misère ceux qui en souffraient le plus un hôpital, pour laquelle elle donna terre et rente, bois et pierre pour la construction.Ses conseillers en étaient tout marris, songer ainsi aux pauvres quand l’ennemi menace ! Mais la comtesse tenait à son projet et le fit faire si bien que le bâtiment sortit promptement de terre." Il nous a été donné beaucoup, aussi c’est beaucoup qu’il faut savoir rendre ! Que cet hôpital soit le signe de notre volonté de lutter contre tous les maux, et surtout les plus graves, l’envie et la cupidité ! "Mais les conseillers répondirent :" Passe pour le terrain, la pierre, le bois ou la monnaie, puisque telle est votre volonté. Mais la disette règne, où trouver de quoi nourrir tous les miséreux qui s’y présenteront ? "Et Marguerite, se souvenant des paroles du vieil homme répondit :" Puisque la terre faiblit, tournons nous vers la mer qui ne nous a jamais fait défaut. J’ordonne que le port de Mardyck fournisse chaque année 15000 Harengs pour la nourriture de l’hôpital. "
Il était une fois la terre, il était une fois la comtesse. Il était une fois TIT Frère…C’est un rude métier que celui de pêcheur et TIT Frère s’y entendait à le pratiquer. Il la connaissait bien, la mer et ses secrets. Les lieux où pêcher et ne pas pêcher, la couleur des vagues, les humeurs du vent…Pourtant, jamais on n’avait vu pêcheur plus malchanceux. Quand les autres relevaient des filets pleins à craquer, il avait toute la peine du monde à attraper un merlan. Il n’en avait pas toujours été ainsi, pourtant, mais la malchance semblait s’attacher à l’étrave de TIT Frère et les mauvaises prises succédaient aux mauvaises prises. A la maison, c’était la misère pour lui son épouse et ses enfants. Au port, c’étaient les regards de commisération des autres marins et parfois un rire sous cape qui lui mettait le rouge au front…Et voilà un matin TIT Frère qui se lève tout tremblant. Sa femme lui demande ce qui lui arrive, mais notre pêcheur s’en va tout aussitôt à l’église pour parler à son curé. " Mon père, dit-il, j’ai fait un rêve très étrange. J’étais en mer, sur ma barque, quand soudain, j’ai vu le visage d’une femme au creux des vagues. Elle était belle et sereine, et une voix s’est fait entendre qui m’a dit : " Pêche pour les pauvres ". C’est alors que j’ai reconnu l’endroit où j’étais : C’était la baie des Sierines, où nul ne va jamais pêcher. Mon père, quel est votre avis. Etait-ce la Mère de notre seigneur qui me fait un signe, ou est-ce les si erines, ces femmes de la mer, ces dévoreuses de marins qui tentent de m’attirer pour me noyer ? "Le prêtre réfléchit un moment avant de répondre." Je crois que ce rêve t’est plutôt envoyé par la mère de Notre Seigneur, TIT Frère. Après tout, n’est-ce pas parmi les pêcheurs qu’Il a choisi ses premiers compagnons, n’est ce pas un poisson qu’avaient adopté comme symbole les premiers chrétiens ? Par ailleurs, les si érines ne s’occupent pas des pauvres plus que des riches quand il s’agit de les emmener au fond de l’eau. J’ignore ce que signifie ce signe, mais je le crois de bon augure. Reprend ta barque et va sans crainte. "Et TIT Frère remercia le prêtre et s’en retourna à son embarcation.C’est alors qu’il était en mer que la missive de la Comtesse Marguerite arriva au port de Mardyck. Le bourgmestre réunit tous les notables de la ville pour en discuter, et comme de bien entendu, le prêtre de la paroisse fut de la réunion.On grommela beaucoup sur les quinze mille hareng à remettre chaque année. C’était une grosse commande. Il y avait de quoi occuper un pêcheur à plein temps. Mais à qui confier cette responsabilité ?" Hé, moi je le sais bien, à qui il faut la donner. " Fit le prêtre tout sourire." Et à qui donc ? " Demandèrent les conseillers d’une seule voix." Si vous m’en croyez, c’est à TIT Frère et à nul autre que vous confierez cette tâche. "" A TIT Frère ? " S’exclama l’un." C’est vrai que sa famille en aurait bien besoin, de cette commande. Cela les sortirait de cette misère. Mais… "Fit un autre sans oser finir." C’est que TIT Frère n’est peut-être pas assez bon… "Fit un autre avec plus d’audace. " C’est quand même quinze mille harengs… "Mais le prêtre agita la main pour chasser toutes les objections et leur dit :" Croyez m’en, mes bons amis, c’est TIT Frère qui doit se charger de cela. Mais attendons de le voir revenir avec les prises de la journée. Nous verrons bien si sa malchance perdure. "Et l’on convint d’attendre le retour du pêcheur.
TIT Frère de son côté, avait jeté encore et encore ses filets dans les meilleurs coins de pêche qu’il connaissait, mais ce jour là encore, les poissons semblaient le fuir comme la peste. Il n’avait à la mi journée pas ramené de quoi faire une friture !
Il se décida alors à mener sa barque dans la Baie des Sierines, ainsi que lui avait recommandé son rêve. Mais ses premiers lancers ne donnaient rien de mieux. Et rien, rien ne venait, et TIT Frère s’acharnait en vain.Quand soudain, il aperçut un éclat brillant dans les rets de son filet.Le cœur battant, les yeux brillants, il tira, tira… Et sortit de l’eau un poisson comme il n’en avait jamais vu ; long comme le bras, brillant comme l’or, aux nageoires de forme étrange. Un poisson dont nul en terre de Flandre n’avait vu le pareil. Un poisson qu’aucun pêcheur au monde n’avait sûrement attrapé.Contemplant sa prise, TIT Frère rit en se frottant les mains." Ha ! Ils vont voir au port, quel pêcheur il est, le TIT Frère ! Une prise comme celle-là, on en parlera encore du temps de mes petits enfants. On va voir qui va rire ! Et puis, un poisson comme celui-là, un riche marchand le voudra sur sa table ! Hé ! Hé ! On m’en donnera le meilleur prix, c’est sûr ! "Mais plus il regardait le corps de ce poisson, plus il se sentait incertain. On n’est pas pêcheur sans connaître un peu des secrets de l’océan, comme on n’est pas forgeron sans apprendre un peu de la magie du feu. Et TIT Frère se disait bien qu’un poisson comme celui-là n’était fait pour être pêché. Il y avait dans ce poisson quelque chose comme dans le cerf au dix cors dans le creux de la forêt, comme dans l’aigle dans le ciel. C’était une bête d’exception, dont on ne trouve pas le pareil. Il y avait quelque chose de sacrilège dans cette prise. Mais pardieu ! L’argent qui manque tant à sa famille ? La réputation auprès des autres marins ?Et puis, il se souvint de la parole entendue en rêve : " Pêche pour les pauvres ! "TIT Frère sourit." Quoi que tu sois, on ne peut pas t’appeler une pêche de pauvre. Retourne dans ton domaine, et pardon de t’avoir dérangé. "Et TIT Frère rejeta le poisson doré à l’eau et avec lui, ses rêves de notoriété et de fortune. Puis il relança son filet. Mais au moment où il veut le relever…Il a beau tiré de toutes ses forces, pas moyen de le sortir de l’eau !Il se penche par dessus le plat bord et vois là dans l’eau, tant et tant de poissons qu’il y a plus de poissons que d’eau. Ils sont si nombreux, si serrés, que le filet menace de craquer.Mais alors que TIT Frère se demande comment monter à bord toute cette poissonitude, voilà que les poissons jaillissent d’eux-mêmes des flots pour s’écraser en tas au fond de la barque.Quand TIT Frère rentra à Mardyck ce soir-là, il fut bien étonné de voir l’attendre sur le quai tous les notables de la ville. Mais il fut moins étonné encore que ces notables à le voir ainsi, sa barque au bord du naufrage à force d’être chargée par une masse énorme de harengs. Si une pêche pouvait être qualifiée de miraculeuse, c’était bien celle-là, et on en parla encore du temps des petits-enfants de TIT Frère, et bien au delà puisque je vous en parle encore. Portant bien son nom, le harengs ne se déplace qu’en masse compacte et forme une armée qui en l’occurrence apporta le salut, apaisa la faim et devint la réponse au peuple de Flandre. Toutes les charrettes envoyées par la Comtesse pour le premier chargement furent remplies en une journée et tous les fumoirs du pays travaillèrent doublement pour s’occuper de ces poissons, et l’hôpital de la comtesse fut assuré de ne pas connaître la faim, tant que TIT Frère fut chargé de l’approvisionner.
En ma terre de Flandre on sait tendre la main, on sait ouvrir la porte, et celui qui a goûté à l’hospitalité chez nous ne l’oubliera pas de sitôt. C’est que cette terre est généreuse et que, si elle faiblit, la mer ne lui fait jamais défaut. Mais comme il faut rendre quand beaucoup nous a été donné, on a gardé souvenir reconnaissant de ce " Gus Hareng " qui fit tant de bien, et en un certain bourg, celui de Seclin, on fait fête autour d’un curieux géant, un poisson couronné d’or, le Géant Harengus !
" Contes et racontars, mensonges et vérité, je vous les ai dit, à vous de les démêler. Croyez moi, ou ne me croyez pas, mais cette histoire est terminée. "

jeudi 5 avril 2007

Album Souvenir : LA COMPAGNIE DES GLACES

Fascinante expérience que ce tournage, qui s'est déroulé sur le site minier de Wallers Aremberg. Arrivé pour faire de la figuration, j'ai rencontré des gens passionnants et une ambiance à nulle autre pareille.

Pour la petite histoire, après la première séance qui me promettait deux dixième de secondes à l'écran, j'ai concocté un costume qui m'a valu de me faire remarquer assez pour passer silhouette. (On me vois de face et un des acteurs principaux me parle à môaaaa !!!)

On se fait gloriole de peu de choses, mais j'ai vraiment vécu des moments très intéressants.
On m'a dit que la série passerait sur France2. Si vous la voyez, guettez le Blackmarketter en tenue de Mad Max XXXXL. Sa barbe vous dira peut être quelque chose !

Petits aléas de la vie, j'ai croisé sur le plateau le photographe Damien LETOREY rencontré à l'exposition des arts féériques organisé à Lille Fives par l'eeexcellent Jim Colorex. (Son site est en lien. Passez y donc surtout si vous aimez la fantasy et le chainmail bikini. Mais ce n'est qu'une facette de son oeuvre.)

Il a eu la gentillesse de me prendre ces quelques clichés, convainquant même l'héroïne principale de poser avec moi.

Son culot et son naturel ont été une vraie leçon pour moi.



Si tu me lis, Damien, un grand merci.








lundi 2 avril 2007

Album souvenir.


Bonjour à tous.

Je commencerai ce blog par une série d'albums souvenir.
Cela fait quatorze ans. Déjà. Il y a quatorze ans, je décidais de devenir conteur.
Cela c'est passé au Château de Comper, en Bretagne.
Nous y étions allé, mon cousin Vincent et moi, en purs touristes, avec nos petites motos rafistolées et nos rêves plein la tête. Nous comptions rester quelques jours à Paimpont, cap sur lequel nous avions décidé d'entamer notre périple, puis de rayonner sur la Bretagne selon nos humeurs.
On n'a plus décollé de la Forêt de tout le reste de notre séjour.

J'ai conté au bord de la fontaine de Barenton. Mon premier public "non initié". Entendez par là, qui n'était ni de la famille, ni de mon cercle de copain, ni pratiquant de ces jeux de rôle dans lesquels j'ai fait mes premières armes.

J'ai eu la révélation que c'était là ce que je voulais : Devenir conteur.

Quelques jours plus tard, nous étions allé assister à un spectacle fait au Château de Comper dans le cadre des activités du Centre de l'Imaginaire Arthurien. Un personnage présentait le spectacle, vétu d'un costume médiéval, passionnant la foule et la faisant entrer dans un autre univers, le temps d'une promenade fantastique le long des berges du lac de Vivianne.

J'ai murmuré à mon cousin :

" Tu vois ce type ? Un jour, c'est moi qui serais lui. Moi qu'on écoutera, à la même place."

Quelques avatars, stages de contes, années de théâtre et autres petits boulots d'animation plus tard, sans compter deux histoires d'amour et longs mois d'incertitude existentielle, treize années ont passé. Années durant lesquels je me suis construit, au fil des opportunités et des hasards, une pratique de conteur.
Je suis revenu au Pays de Brocéliande, au Château de Comper.
Et cet été là, j'ai bouclé la boucle. Le temps d'une lecture, j'étais là, c'était moi qu'on écoutait dans mon costume patiemment élaboré au fil des rencontres (merci Del, merci Max, merci Gaëlle), moi qui captivait la foule et lui ouvrait les portes d'un univers.

C'était il y a deux ans. La directrice m'a fait voir le programme des activités de cette année. On m'y voit conter sous le grand chêne torturé qui semble ancrer les mythes et les légendes au bord du lac, dans une de ces poses où l'esprit vous habite et sourd à travers vos paupières closes, tandis que vous n'êtes plus qu'un canal trop étroit pour le flux de la muse (Merci Hervé pour la photo.). J'ai été ému.
Baladin. Jongleur de rimes de mirliton. Grand coureur de prétentaine. Qu'ai-je accompli ?
D'aucun diront que c'est fort peu.
Moi je vous dirais juste que je suis devenu ce que je voulais devenir.

Il reste tant de sentier à courir, tant de mots à dire, tant de rêves à partager.
Je ne sais ce qui m'attend le long du sentier, mais je pourrais d'ore et déjà dire au terme de mon parcours, quand mon visage sera griffé par l'habitude, et que la raie de mes cheveux déserteurs sera remplacé par les sillons ravinés du grand âge, quand je parviendrais au temps où, proche de l'épilogue, je pourrais avoir une vue d'ensemble sur ma propre histoire, oui, je pourrais dire tel Casanova à ses amis le pressant d'écrire ses mémoires :

"J'ai souvenir d'avoir été heureux."