lundi 17 décembre 2007


La malédiction des bardes.

« Allons voyons ! »
C’était par un matin de brouillard. Etait-ce un matin ? Impossible d’être sûr. Parce que c’était un de ces brouillards qui efface dans ses volutes ouatées les horizons, les choses, et même les saisons et les heures. C’était un de ses brouillards où il faut se méfier de ses propres pas de peur qu’ils vous entrainent bien plus loin que vous ne pourriez l’imaginer. Car il arrive parfois que des portes s’ouvrent dans le creux de cette sorte de brumes. Les portes qui mènent de l’Autre Côté, le monde d’Elfirie, le monde des Merveilles et des rêves, et parfois à des lieux de terreur et de périls.Une voix de femme mûre criait dans ce brouillard :
« Allons, voyons. Mes sœurs ! »
Elle avait une robe rouge couverte d’une cape dans les tons de brun, mais bariolée comme les feuilles mortes aux premières chutes d’automne. Jaune était sa chemise et sa ceinture était brodée des couleurs d’un soleil couchant. Ses joues étaient pleines et rouges comme pomme d’api. Ses mains douces donnaient l’envie de se laisser caresser la joue et ses seins généreux de s’y blottir comme un enfant, dans la chaleur et la quiétude. Sa voix était paisible, soyeuse, rassurante, comme une voix de maman.
Elle marchait, une couronne tressée sur la tête, faite de blé jaune en grain et de raisin mûr, et elle fouillait le brouillard du regard.
« Allons voyons, mes sœurs, allons voyons ! Il est temps de nous réunir. Montrez-vous mes sœurs. Allons voyons. »
Un éclat de rire attira son regard entre les arbres. Une demoiselle en robe verte, légère et vaporeuse s’y trouvait, son visage mutin fendu d’un rire, ses joues constellées de tâches de rousseur, ses cheveux cascadant et sauvage retenus par une guirlande de fleurs de mai.
Elle souriait comme une enfant, mais en s’accoudant contre un arbre, elle se déhanchait dans une pose à mettre le feu dans le sang des hommes. Elle bondit de son arbre pour atterrir au pied de la femme à la robe rouge. « Mille rêves à suivre, mille aventures à vivre et tu es là à nous convoquer ? Ma sœur le jour est fait pour danser et les nuits pour s’aimer. Pourquoi tous ses palabres ? »
Une autre voix répondit. Une voix fatiguée et éraillée comme si elle s’était râpée sur le fil rugueux des jours, des mois et des années sans nombre.
Elle venait d’une vieille femme dont la chevelure grise était si épaisse et si longue qu’elle lui faisait comme une cape sur son dos courbé et sa robe noire comme la plus sombre des nuits. Ses yeux anciens semblaient vous regarder par-dessus les gouffres du temps. Et le temps avait griffé son visage en profonds sillons
« Tu ris et tu chantes fille du printemps. Mais celle qui est ton ainée sait bien quel est son devoir et moi qui suis la Vieille sait que le temps des rires et des étreintes des amants fougueux passe, que le temps de la Mère épuise les enthousiasme et ne laisse, finalement, que l’os nu de la Nécessité… «
Les trois femmes s’approchèrent et se sourirent. Elles étaient fées dans les sentiers d’Elfirie. Elles étaient déesse aux noms multiple, aux visages changeants. Elles étaient la Mère, le Fille et la Vieille et elles n’étaient qu’une en étant trois. En ces temps où les mondes des hommes et des fées restaient proches, elles s’étaient rendues à la faveur du brouillard au sein du monde des humains.
La Vieille hocha la tête. Et parla de sa voix ancienne.
« Voilà, nous sommes réunis comme il en a toujours été et comme il en sera à jamais. Alors ma Sœur, de quoi parlerons nous aujourd’hui ?»
La fée aux joues rouges soupira.
« Nous parlerons des hommes à l'esprit de fer qui s’étendent sur le monde tant et plus. Ils repoussent les forêts avec leurs haches de fer, soumettent la terre avec leurs socs de fer, à chaque saison leur domaine s’étend plus loin et le Monde Merveilleux s’en éloigne petit à petit.
Que dirons nous des hommes, mes sœurs, que dirons-nous de leurs manières et de leurs façons ? »
La plus jeune éclata de rire :
« Folies et drôleries, il bondissent, ils tournent et tournent en boule ! Quand l’un fait, un autre défait, et quoi qu’ils fassent jamais ne sont satisfait ! »
La plus vieille grommela dessous ses cheveux gris.
« Sots ! Sots ! Ils défoncent la terre, taillent la pierre, abattent les arbres et bâtissent sans fin. Leur ouvrage n’est pas encore fini qu’ils en ont oublié le sens et le monde se remplit des ruines de leurs idéaux oubliés et de leurs œuvres inachevées… »
La Mère soupira.
« Ils sont avides et sans égards pour quoi ou qui que ce soit. Ils voudraient soumettre le monde entier, au risque de l’épuiser et de tuer jusqu’à leurs rêves… Oui, il y a peu à espérer des hommes si ce n’est de la déception. »
« Mais ils aiment ! » Dit la Fille, les yeux brillants. « Et quand ils aiment ils dessinent des couleurs sur le monde. Il y a la chaleur du soleil dans leurs cœurs, le feu des volcans sur leurs lèvres, et ils parlent avec la voix des oiseaux et de la brise du printemps dans les saulaies. Et des larmes dans leurs yeux qui s’émerveillent ! Et leurs mains qui caressent... »
La Vieille eut un grognement impatient tandis que la Fille se serrait dans ses propres bras, les yeux fermés et un sourire alangui sur les lèvres. Puis elle grommela comme à regret.
« Même quand la mémoire leur manque, le feu rejaillit toujours. Jamais on ne peut prévoir où et quand, mais renait toujours leur imagination, leur envie de bien, leurs plus hautes aspirations. Ils sont comme le grain qui sèche sur la pierre dure ou pourrit dans le fossé mais qui fournit malgré tout une abondante moisson… »
La Mère reprit :
« Hé bien, puisque les hommes sont les hommes, que leur accorderons nous ? Bénédiction ou malédiction ? »
« Qu’on les couvre de scrofules et de verrues ! »
S’exclama la fille en riant.
« Et crois tu que cela leur attendrira le cœur ? Punir ne peut marcher que si la leçon peut porter… »
Fit la Vieille.
« Alors mettons dans leur cœur le regret du passé et les affres d’un amour impossible ! »
« Pour qu’ils se morfondent et dépérissent et que la grisaille de leur esprit s’étende toujours plus dans leurs ouvrages ? Non. Cela ne ferait qu’empirer la situation. »
La Mère soupira :
« Il semble que les humains, avec leurs socs de fer, leur épées de fer et leur esprit de fer sont déjà au-delà de nos malédictions. Le monde dépérira alors et la beauté d’Elfirie fuira à jamais ce monde… Telles sont les choses et nous ne pouvons les changer… »
Mais alors que les Trois hochaient la tête en se désolant, elles entendirent un murmure.
Elles tournèrent l’arbre où elles s’étaient réunies et voilà qu’à son pied se trouve un jeune homme endormi. Cet homme là était un barde et avait pour nom... Je ne sais, en vérité, car l'histoire ne l'a pas gardé. C’était un rêveur et une mémoire vivante des actes des hommes, c’était un poète, un musicien et un chanteur. C’était un barde errant.
Dans l’ombre des feuillages de l’arbre, les Trois observèrent l’homme qui rêvait et souriait dans ses rêves.
« Un homme. Un barde. Ecoutez le marmonner. »
Pouffa la Fille.
« De quoi rêve-t-il, cet homme perdu dans la brume ? »
Fit la Mère.
Les yeux de la Vieille se firent lointain et elle marmonna entre ses dents.
« Il rêve de musiques à jouer, d’histoires à composer et de poèmes d’amour… »
La Fille battit des mains.
« Alors choisissons-le ! Choisissons-le puisqu’il aime et qu’il porte nos bénédictions ! »
Dit-elle.
« Choisissons-le puisqu’il est humain et qu’il porte nos malédiction ! »
Rétorqua la Vieille. La Mère réfléchit et demanda dans un souffle.
« Rêve-t-il de trouver dans son art la Vérité pour la garder comme un joyau ? »
« Non. Répondit la Vieille. Il rêve de la caresser des doigts pour mieux chanter toute la beauté du monde. »
« Rêve-t-il de dire des Vérités qui feront de lui un prêtre, un guide parmi les hommes ? »
« Non. Fit la Vieille. Il rêve de permettre à chacun de la trouver dans ses chansons et de la faire sienne à sa manière… »
« Rêve-t-il de gloire ? D’être admiré pour son talent ? »
« Non…Mais il voudrait que jamais ses contes, ses musiques et ses chansons ne meurent. Que pour toujours elles soient dites, jouées et chantées. »
La Mère se redressa et dit d’une voix solennelle.
« Alors que celui-là porte au nom de tous ses pareils notre bénédiction… Et notre malédiction ! »
Et elle tendit les mains par dessus le front du dormeur en coupe.
« Par la parole de la Mère, je te donne le don de voir la Vérité et d’en mettre un éclat dans ton art. Mais puisque tu n’as pas voulu la garder, tu ne sauras la conserver toute entière dans ta mémoire. Elle t’apparaitra comme la lumière du plein soleil, et tu chanteras son éclat sans jamais pouvoir dire tout ce qu’elle est. »

La Fille tendit un doigt pour tracer un cercle et dit :
« Par la parole de la Fille, je te donne le don de mettre le feu et l’eau dans les cœurs, de raviver l’amour et la colère, et le chagrin et l’affliction. Je te fais don d’éveiller les émotions des hommes en leur dévoilant les splendeurs du monde et sa Vérité. Mais puisque tu n’as pas voulu devenir un guide, jamais on ne te croira tout à fait, que tu dises faux ou dises vrai. Tu allumeras une lumière dans les cœurs mais seulement le temps d’un conte, d’un air ou d’une chanson. »
La Vieille tendit ses main aux doigts comme des griffes, les entrecroisa comme se referme la coque autour de la graine et dit :
« Par la parole de la Vieille, je te donne le don de mettre la Vérité dans ton Art de telle façon que chaque éclat vive dans tes œuvres et qu’elles durent tant que perdure la lumière du monde. On chantera tes refrains, mais puisque tu n’as pas demandé la gloire, ton nom disparaîtra et nul ne se souviendra plus de toi… »

Et toutes dirent ensemble et leur voix sembla réveiller les échos au bout du ciel, au fond de la terre.
« Tels sont les Mots des Trois et qu’ils résonnent à jamais ! »

Le vent se leva et le brouillard se dissipa, emportant avec lui les silhouettes des femmes et le sommeil du rêveur.
Et voilà que notre poète sent bouillonner les idées en lui. Il a le cœur plein, la tête pleine de Lumière, il en rit, il en pleure et tente de la dire ; de la chanter, de la jouer. Mais quels mots seront suffisants, quel chant assez mélodieux, quelle musique assez magnifique ?
Et la tête pleine le barde est parti pour tenter de trouver comment dire toute cette lumière en lui, cette lumière dont le souvenir s’efface et le fuit comme un songe au sortir du sommeil.
Il composa des contes et des musiques et d’innombrables chansons, mais il ne fut jamais capable de retranscrire la Vérité. Il ne put que laisser des fragments à qui l’écoutait, comme des fragments d’un miroir brisé.
Depuis ce temps les conteurs vont de par le monde et racontent leurs histoires. On les croit ou on ne les croit pas, mais ils enchantent les cœurs de ceux qui les écoutent et pour un instant, les gens voient à travers eux les vraies couleurs du monde.
Et puis oublient. Ne gardent qu’un souvenir, et puis le souvenir d’un souvenir. Un refrain s’accroche dans les mémoires, une bribe d’histoire qu’on se conte et se raconte, et qui passe de bouche à oreille, au fil des années, des siècles et des millénaires…
Longtemps après que le poète eut disparu, ses chansons courent encore les rues…
Il y a maintes formules pour commencer ou finir une histoire.
Voici la mienne :
« Contes et racontars, mensonges et vérité, je vous les ai dit, à vous de les démêler. Croyez moi ou ne me croyez pas, mais mon histoire est terminée… »

lundi 27 août 2007

NOUVEAU CONTE

Publicité mensongère :) Il s'agit d'une histoire que je raconte depuis longtemps, mais que je me suis décidé à mettre en forme par écrit. J'ai la prétention de la dire de moi. Prétention ? Oui parce que chaque conteur se nourrit de la matière traditionnelle, la prend comme une argile et la modèle à sa façon. Est-il possible, après tous ces millénaires de veillées, de créer une histoire totalement originale ? Mais je n'ai repris aucune histoire que je connaissais et simplement tenté d'illuster une idée dans cette histoire du mieux que je le pouvais.
Elle fera partie d'un petit recueil que Charline Bénard va illustrer. Son trait léger, ses thèmes emplis d'innocence et de délicatesse sont un ravissement. Mais je vous laisse avec une dame bien plus terrible :
La Reine Hippogriffe.

Les terres des hommes ont grandies, les domaines en leurs mains ont crû sans limite et il est difficile de se rappeler le temps d’autrefois, où les villages des hommes n’étaient que des îlots de lumière perdus dans un océan d’arbres et de branches.
En ce temps là, le voyageur courait grand péril à courir les chemins loin des havres clairs des villages. Aux lisières, il pouvait craindre le brigand et le loup.
Et plus loin, dans les bois profonds, là où s’étendait les domaines des fées, il pouvait croiser des choses... des choses dont on ne parle que quand l’assistance est nombreuse et la porte solidement fermée.
En ce temps là dans un de ces villages vivait un jeune homme, qui avait à cultiver le lopin de terre le plus ingrat qu’un paysan puisse imaginer. Une terre que même les mauvaises herbes évitaient, plus stérile qu’une femme de cent ans et plus ingrate qu’une belle-mère.
Un jour il jeta sa houe sur le sol et cria :
« J’en ai assez ! Assez d’arroser ces graviers de ma sueur et de mon sang et n’en tirer à peine de quoi survivre ! Il me faut un meilleur endroit à cultiver. »

Il alla chercher une hache dans la réserve de bois et partit à l’aventure dans les grands bois.
Chance ou malchance, il ne rencontra ni le loup ni le brigand aux lisières et s’avança toujours plus loin dans les terres sauvages. >
Finalement, il aperçut une lueur entre les arbres. Marchant dans cette direction, il parvint à une vaste clairière, dans laquelle poussait une herbe drue, verte, haute jusqu’aux hanches, toute peuplée de fleurs et de papillons.
Se penchant, il ramassa un peu de cette terre et en tâtant le gras de l’humus entre le pouce et l’index il se mit à sourire. A rire !
« Ho, une terre pareille mais je peux y faire pousser tout ce que je voudrai, elle donnera au centuple. Fini les efforts vains ! Fini la famine et la fatigue. Et pour m’emparer d’une vaste parcelle unie, il me suffit d’abattre ce grand arbre au milieu. »
C’est vrai qu’un arbre s’élevait là. Un de ces grand pères des arbres, ayant pris racine dans le matin du monde. Un de ces seigneurs des forêts qui régnaient sur les vals et les collines, ombrant la terre de leur gigantesque silhouette.Les autres arbres semblaient avoir laissé un espace pour l’ancêtre, comme des sujets s’écartant respectueusement d’un roi. Et l’Arbre s’élevait là, si haut que ses branches semblaient soutenir la voute des cieux, si large à base que vingt hommes se tenant par la main n’en n’auraient pas fait le tour, et pourvu de racines si longues qu’elles plongeaient jusqu’au cœur du monde pour s’abreuver à la fontaine même de la mort, à la source même de la vie.
Mais si grands, si majestueux soient ils, aucun arbre n’a résisté indéfiniment à une hache bien affuté, pourvu qu’elle soit maniée par un bras vigoureux.
Le jeune homme leva donc sa hache, bien campé sur une des plus grosses racines quand...
Une bourrasque soudaine se leva, si forte que le jeune homme, déséquilibré, tomba de sa racine et roula sur le sol, balloté par les rafales.
Et quand enfin le vent s’apaisa, quand le gars retrouva assez d’équilibre pour se redresser sur ses coudes, il avait là, devant lui, un bec, long comme une tête de cheval, acéré comme une épée. Etau bout de ce bec, il y avait un cou emplumé. Et au bout de ce cou, le corps d’un énorme lion. Et sur ce corps, des ailes immenses, qui, en claquant, convoquaient tous les vents du monde. Et au bout de ses pattes de lion, des griffes longues et pointues comme des poignards...
Qui se refermèrent sur la poitrine du malheureux.

« Tiens, tiens, un homme dans mes domaines. » Fit le monstre d’une voix de tempête. « Tu es bien téméraire pour t’être aventuré si loin de ton village. Comment t’appelles-tu, jeune audacieux ? Non ! Finalement, je vis te choisir moi-même un nom. Je vais t’appeler... Déjeuner ! »
Et la créature ouvrit largement son bec pour engloutir le jeune homme qui répondit sans attendre.
« Mais vous feriez un si mauvais repas ! Voyez, je suis maigre, dur, je vous resterai sur l’estomac ! D’autant que je pourrais vous rendre de nombreux services si vous ne me mangiez pas. »
« Des services ? Et lesquels ? »
« Hé bien je suis paysan, je sais ouvrir la terre avec ma charrue, tracer les sillons, semer, récolter, engranger... »
Mais le monstre hocha lentement la tête.
« Dans mon domaine, chaque plante pousse où elle veut, sans qu’il soit besoin de leur assigner une place... Non, je n’ai pas besoin d’un cultivateur… »
Et il ouvrit à nouveau le bec.
« Mais je sais aussi m’occuper des bêtes ! Les soigner, les garder, les panser... »
Fit le jeune homme qui sentait déjà l’haleine du monstre sur ses joues. Mais celui-ci hocha à nouveau la tête.
« En mon domaine, les bêtes vont libre et nul n’ordonne leurs allées et venues. Non, je n’ai pas non plus besoin d’un berger… »
Et le bec immense s’ouvrit à nouveau. Le jeune homme cria désespérément.
« Mais je peux faire tout ce que vous voulez ! Tout ce que vous voulez ! »
« Saurais-tu peigner ? »
Peigner. Sur le coup, le jeune homme ne comprit pas vraiment ce que voulait cette créature. Mais il y a des talents qu’on se découvre parfois, dans ce genre de moment…
« Mais bien sûr, que je sais ! Je suis un excellent peigneur ! Je suis le meilleur peigneur du pays ! »
« Alors c’est dit. Je te prends comme valet. »
Et le monstre referma sa patte immense sur le torse du malheureux et claqua des ailes, entrainant le malheureux dans les airs.
Et le voilà, suspendu au bout de la patte du monstre, par-dessus l’immense forêt. Criant, suppliant :
« Ho, s’il vous plait ! Relâchez-moi ! Relâchez-moi ! »
Puis, regardant le sol loin dessous :
« Ho, s’il vous plait, ne me lâchez pas ! Ne me lâchez pas ! »

Après un temps qui lui paraît infini, le monstre se pose enfin dans une autre clairière, l’envoyant bouler contre les gros rochers qui s’y trouvent, comme une forteresse taillée dans la pierre par la pluie et le vent.
Quand il a retrouvé ses esprits, quand il ose enfin regarder dans la direction du monstre, voilà qu’en son lieu et place, il y a une femme à la grande beauté, fine et belle, au visage remplie de l’assurance d’une reine, mais dont la chevelure longue est ébouriffée comme un vieux nid. Et surtout…
Les yeux de cette femme le saisirent, des yeux froids comme le plus froid des hivers, perçant comme le vent du nord. Le regard même du monstre.

« Je suis la reine Hippogriffe. Je règne sur les vents. C’est moi qui ordonne leur course sur le monde et pousse les troupeaux de nuages, sous ma forme ailée. Mais quand je reprend ma forme humaine, l’ebouriffure de mes plumes se retrouve dans ma chevelure qui se retrouve dans cet état que tu vois. Soulève donc cette pierre, tu trouveras dessous un peigne d’argent. Allons, dépêches-toi, mets-toi à l’ouvrage ! »
Ainsi, le nouveau valet de la Reine Hippogriffe commença sa nouvelle vie.
Et c’était une rude vie que celle-là, croyez m’en. Pour seul toit, la frondaison des arbres et l’abri vague des replis de rocher. Pour seule nourriture le produit des grands bois, fait de noix, de glands, de racines et de champignons. Pour seule couche, de la fougère rêche amassée contre la pierre froide. Pour seule compagnie cette femme étrange qui devenait monstre ailé au matin, pour aller faire souffler les vents sur le monde et s’en revenait au soir, la chevelure emmêlée et la bouche pleine de réçits qui blessaient son cœur de paysan.
« Sais-tu » Dit-elle alors qu’il démêlait ses boucles rebelles « Que j’ai fait souffler le vent si fort que les toits de vingt granges se sont envolées ? »
« Sais tu que j’ai amené tant d’orages par-dessus la montagne que la pluie y est tombée drue et épaisse, tellement que les plaines ont été inondées ? »
« Sais-tu, qu’aujourd’hui j’ai poussé un nuage de grêle d’où sont tombé des grêlons gros comme des œufs de pigeons. Quand il est passé par-dessus les champs, tous les épis ont été hachés menus »
Chaque soir un nouveau récit, et chaque soir une nouvelle affliction pour notre homme qui savait bien ce que tout cela signifiait pour ses frères humains.
Un soir, il osa s’en ouvrir à la reine des nuées.

« Dame, cessez je vous en prie de semer ainsi le malheur chez les hommes. Comprenez, pour nous, les granges détruites, c’est la misère, l’inondation, la maladie, et les champs saccagés, c’est la famine. Vous ne nous souhaitez aucun mal, n’est ce pas ? Je suis sûr que c’est par ignorance que… »

Ignorance…
Quand il a prononcé ce mot, la reine Hippogriffe s’est dressé d’un coup. Ses yeux de glace se sont fixés sur l’homme qui s’en est senti comme pétrifié sur place.
« Ignorance ? Ignorance ! Humain arrogant et stupide. Ignorance, en vérité ! Et que sais-tu de moi et des lois secrètes de ce monde, que je me dois de faire respecter ? De l’équilibre subtil des courants et des nuées ? Que sais-tu la marche des vents et des besoins qui échappent à tes misérables villages ? Ne sais tu pas que sans moi, il n’y aurait jamais le moindre nuage au dessus de ta terre et qu’elle mourrait desséchée par le soleil ? Et toi ! Toi qui oses me parler d’ignorance, sais tu bien ce que je t’ai empêché de faire le jour où je t’ai pris à mon service ? Cet arbre que tu allais abattre dans ton avidité, malgré sa majesté et son âge vénérable, cet arbre dont tu convoitais la terre… C’est l’arbre du Savoir, qui porte sur ses feuilles les secrets de la terre et du ciel, les secrets des vents qui me donnent tous mes pouvoirs. Voilà ce que tu allais faire dans TON ignorance ! Alors ne m’en parle plus jamais ! »
Et la reine sous sa forme monstrueuse s’envola pour trompetter sa colère à travers les cieux.
Le valet avait bien cru sa dernière heure arrivée, mais les propos de la reine n’étaient pas tombés dans l’oreille d’un sourd.
Il avait la liberté d’explorer la forêt, tant qu’il restait sur le domaine de la reine et qu’il était bien présent au crépuscule pour accomplir son ouvrage.
Il profita désormais de cette liberté pour rechercher la clairière où il avait été enlevé, et quand il la trouva, il passa ses journées à esclader l’arbre et observer une à une les feuilles de ses branches.
Et sur ces feuilles, il vit dans les nervures des signes dans un alphabet étrange et inconnu. Et lui qui n’avait jamais appris à lire, voilà que ces signes lui parlent au plus profond de lui.
Et il lit et il apprend…
Il apprend les secrets de la terre profonde puisé dans les racines, il apprend les lois de la sève et la sylve qui pousse vers le ciel, amoureuse du soleil. Il apprend les menées de toutes bêtes, et surtout, il apprend un à un les secrets du vent.
Le temps a passé, et chaque jour, le jeune homme est monté plus haut.
Et quand il a monté jusqu’à la plus haute branche, quand il a lu la toute dernière feuille il est retourné à la tanière de la reine Hippogriffe.
Celle-ci l’attendait. Quand elle le vit elle tapa du pied et cria :
« Tu es en retard ! Allons, prends ton peigne et au travail ! »

« Non ! »
Fit le jeune homme. Un silence glacé envahit la clairière.
« Non ? »
Fit la reine Hippogriffe, alors que des plumes commençaient à pousser sur sa peau blanche.
« Non ! »Répondit l’homme. « Je sais à présent tous les secrets qui te donnent tes pouvoirs. Je te défie pour reprendre ma liberté ! »

« Ainsi, tu ne veux plus être mon valet. Alors je vais te rendre ton utilité première… Déjeuner ! »
Et la Reine sous sa forme monstrueuse se jeta sur son frèle adversaire, les griffes en avant.
Mais alors, le jeune homme usa de son nouveau savoir pour appeler le souffle de la tempête à son secours. Le vent se prit dans les ailes immenses et rejetèrent la reine au loin.
Furieuse, elle appela à son aide les Zéphyrs et les Héllions, les sylphes et les esprits des vents pour châtier l’impudent. Mais son adversaire appela à son tour les vents à son aide, et bientôt tous ceux de la Rose assemblés se battirent, formant un gigantesque tourbillon, qui grandit, grandit, devint un cyclone qui ravagea la forêt. Mille orages se prirent dans les rets de ce cyclone et ils changèrent le jour en nuit. Cent mille éclairs tombant de ses orages frappèrent en grondant, changeant la nuit en jour.
Et la bataille dura, dura, toute la nuit, et le lendemain, et la nuit suivante, et un autre jour… Quand vint le troisième matin, les deux adversaires avaient épuisé toutes leurs ruses, toutes leurs forces, tout leur savoir et tous leurs secrets et ils gisaient, haletant, à quelques pas l’un de l’autre.
Maisil restait encore au cœur du jeune homme un tel désir de liberté qu’il trouva la force d’invoquer une dernière tempête, et cette tempête saisit la reine Hippogriffe et la projeta au-delà du ciel, par-dessus l’horizon, la faisant disparaître à jamais.

Tremblant d’épuisement, le jeune homme se redressa, respira et fit :
« LIBRE ; Libre ! Je suis libre enfin ! »
Et il invoqua une brise pour le soulever et le ramener chez lui.
Il vola ainsi au dessus des arbres, et grand fut son trouble de voir le camaïeu bien ordonné des terres des hommes, lui qui avait vécu si longtemps dans le chaos des branches. Combien de temps as-t-il passé dans les branches de l'Arbre de Savoir ? Combien de temps depuis le jour où la reine l'a captureé ? Il ne saurait le dire...
Mais baste ! Voici son village ! Il se pose au milieu de la place et crie aux habitants.
« Voyez, je suis revenu ! »
Mais…
Voilà que les femmes crient, pleurent, saisissent les enfants et s’enferment dans les maisons ! Voici que les hommes brandissent leurs outils comme des armes, l’en menacent puis s’enfuient !
Déconcerté, le jeune homme tourne la tête à droite, à gauche, appelle :
« Enfin, ne me reconnaissez vous pas ? Ne voyez vous pas qui je suis ? »

Mais il a beau faire, ce n’est que cris, larmes et fuites éperdues. Une colère terrible s’allume alors dans le cœur du jeune homme.
« Ha ca ! J’en saurai le fin mot ! »
Et il invoqua un mur de vent juste face à un gros paysan qui a couru moins vite que les autres. D’un tourbillon, il le ramena jusqu’à lui, le saisit au collet et lui cria encore.
« Enfin ! Ne sais tu pas qui je suis ? »
Et le gros homme de crier :
« Ah, seigneur des Nuées, ne me faites pas de mal ! »

Alors…
Le jeune homme vit son reflet dans les eux du gros homme. Il vit le reflet de son regard, de ses yeux… Des yeux devenus froids comme le plus froid des hivers, plus perçant que le vent du nord. Les yeux même de la reine Hippogriffe.
C’est qu’en surprenant tous les secrets de la reine Hippogriffe, il était devenu Hippogriffe lui-même…
C’est depuis ce temps que le Roi Hippogriffe fait souffler le vent sur le monde, obéissant aux lois secrètes des cieux qu’il a appris en même temps que ses pouvoirs.
L’arbre existe toujours dans un repli du monde, et si vous pensez que le roi hippogriffe ne fait pas correctement son travail, allez, à votre tour, surprendre ces secrets.
Craignez cependant de vous voir chargé d’un écrasant fardeau, un de ces fardeaux dont les hommes se retrouvent chargés quand, dans leur arrogante ignorance, ils tentent de trafiquer les rouages du monde.

mercredi 18 juillet 2007


Petite affiche pour ma première à l'Auberge du Troll Farceur. N'hésitez point à y venir si vous êtes en région Rennoise à cette période.

(Merci Caro pour quatorze ans de patience en général et pour ces deux heures de pose en particulier. Fred, merci. )

mardi 10 avril 2007

L'Ogre

J'ai reçu il y a peu une des illustrations de mon compère et ami Laurent Miny. Je ne résiste pas à le mettre sur le blog, avec un extrait du livre que nous écrivons ensemble : "Carnet d'un elficologue urbain."

Cela dit, son ogre me rappelle vaguement quelqu'un...



FICHE : L’OGRE

Qui n’a pas entendu parler de ce personnage aussi emblématique du conte de fée que la sorcière, le prince charmant ou la belle princesse ?
Enorme, puissant, gourmand, gourmet, propriétaire de châteaux au milieu des forêts ou des montagnes, chaussés de bottes magiques, détenteurs d’artéfacts anciens... On le voit courant le pays à la recherche de chair fraîche, ou tendant des pièges pour attirer son déjeuner préféré, les enfants, bien tendres, bien dodus...
Réparti partout dans le monde, l’ogre et l’ogresse hantent les frontières du monde des hommes depuis des siècles…
Le moins qu’on puisse dire c’est que lorsqu’il a franchi lesdites frontières pour se chercher un appart’ en ville, l’ogre citadin s’est beaucoup distingué de l’ogre traditionnel. Après tout, le phénomène est classique : Le chasseur finit toujours par s’intéresser à son gibier…

Apparence : Grand, voire très grand, de la taille d’un homme fort. L’ogre rustique peut atteindre deux fois cette taille, mais la discrétion étant de mise, aucun de ces colosses n’est venu s’établir en ville. Tendance marquée à l’embonpoint. Ses traits sont humains, mais grossiers : Nez forts, lèvres lippues, sourçils embroussaillés et front bas sont courants dans leur apparence. La mâchoire est puissante et musclée, en accord avec une dentition qu’on qualifierait de normale pour un grizzly adulte. Quoique cette dernière ait beaucoup pâti du changement de mode de vie des ogres. Plusieurs dentistes ont investi dans du matériel de chantier pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante, et payé des cours de musculation à leurs assistantes, afin qu’elles puissent tenir les instruments sans risquer le tour de rein. .
Mode de furtivité : L’ogre se fond dans la masse. Heureusement, la ville fournit une ample masse dans laquelle se fondre. N’étant que peu doué pour la discrétion, la magie ou le déguisement, la plupart des ogres se repèrent facilement dans l’environnement urbain, où on les confond avec de gros types ayant abusé de la soupe. Notons que l’espèce n’est pas spécialement connue pour ses génies, et que nombre d’entre eux se rendent plus voyants encore par des fautes vestimentaires à la hauteur de leurs limitations intellectuelles.
Régime alimentaire : Traditionnellement anthropophage, l’ogre devenu citadin a connu un changement radical et entre nous salutaire de son régime alimentaire.
Beaucoup d’entre eux ont en effet développé très tôt des talents de pâtissier, confiseur et autres pour préparer les appâts aptes à attirer les bambins. Hélas pour eux, leur intelligence limitée permit à des garnements futés de leur échapper facilement. Il ne restait plus pour calmer la faim que la maison de pain d’épice, le manège en meringue, la fontaine de chocolat ou la forêt de barbe à papa si soigneusement préparé. Quoi d’étonnant alors que les ogres aient développé un goût du sucré qui finit par surpasser celui de la chair fraîche ?

Mode de vie :
Les métiers de bouche ont accueilli à bras ouverts à cette main d’œuvre experte. On trouve aujourd’hui des ogres dans toutes les branches de la confiserie, de la pâtisserie et de la chocolaterie. Les plus doués ont établi des restaurants et, vêtus du tablier et de la toque, doublé d’un sens " féroce " de la négociation, ont raflé les étoiles dans les guides de gastronomie. D’autres ont fait usage de leur talent au hachoir pour se faire boucher charcutier. Hélas, la proximité quotidienne du sang et de la viande en a conduit dans des sentiers regrettables. Un cas est resté célèbre à Paris d’un ogre qui vendait un pâté réputé, et qui donna quelques indigestions à sa clientèle lorsqu’elle apprit d’où venait la viande qui était à la base de ce délice charcutier. Un autre cas de deux bouchers suédois se serait fait jour récemment.
On trouve aussi des ogres dans les affaires, où leur ambition dévorante est crainte dans tous les conseils d’administration, et, plus étonnant encore, certains sont devenus des éducateurs de jeunes enfants de premier ordre, sévères, mais justes et passionnés.
Normal, au fond. Quand on a passé sa vie à chasser, le meilleur moyen de se reconvertir n’est il pas de se faire garde-chasse ?
On les voit alors, diriger de main de maître leurs établissements, l’œil injecté de sang, la voix rocailleuse, bâtir de leur mains parcs et terrains de jeu, servir des goûters gargantuesques en souriant dans leur barbe, et donner d’un geste bourru le jouet fabriqué maison à un gamin minuscule, dissimulant dans une toux gêné un cœur gros comme ça.
L’ogre d’aujourd’hui est un honnête citoyen, un peu colérique, mais qui évite de trop faire parler de lui. Seule une poignée misérable et traquée perpétue les anciennes et sanglantes coutumes.
Mais l’immense majorité de leurs semblables condamnent cette attitude passéiste qui nuit à l’image de l’ogrisme moderne et l’empêche d’entrer de plein pied dans le troisième millénaire.

Signe de présence :
Au restaurant, une ombre vous recouvre lentement. Vous vous tournez et vous trouvez en face d’un tablier gigantesque couleur de neige tandis qu’une voix rappelant un début d’avalanche vous demande depuis les sommets : " C’est vous qui avez renvoyé votre tournedos en cuisine parce qu’il était pas assez cuit ?"

Documents de présentation.






Voici quelques documents imprimables pour me voir et m'avoir dans mes activités.
(Merci à Nicolas Aufrère pour ses illustrations et sa longue et fidèle amitié.)

samedi 7 avril 2007

Histoire d'un soir

Bien le bonjour,



Retour des "Histoires d'un soir" à Steenwerck.

La salle du musée de la vie rurale où nous avons dit est vraiment idéal pour conter, avec sa salle basse, ses poutres décorées de houblon séché, son ambiance de vieil estaminet...

Une soirée vraiment joyeuse pour mon quatrième passage dans ces soirées organisées par les Foyers Ruraux du nord Pas-de-Calais, occasion d'entendre des conteurs de tous horizons et de toute pratique.
Ce soir là j'ai particulièrement apprécié la dernière histoire de Christian Pierron et de sa complice bruxelloise. N'hésitez pas à leur rendre visite si vous les apercevez sur une affiche ou à la présentation d'un de leurs spectacles. Il nous on fait vivre un très bon moment et sont prêts à recommencer !


vendredi 6 avril 2007

Sauvons Brocéliande.

SAUVONS BROCELIANDE !

La forêt de Paimpont est constamment en butte à des menaces les plus diverses. La dernière en date (pour l'instant) est la construction d'une décharge qui va défigurer tout un secteur de la forêt, avec nuisances annexe.

Personne ne veux d'une décharge à côté de chez lui. Et il faut bien qu'on la mette quelque part pourtant. (du moins tant que les pouvoirs publics et les industriels n'auront pas fait ce qui est nécessaire pour diminuer la production de dechets et améliorer leur recyclage. Mais cela c'est un autre débat.)

Mais par tout les diables, pas là !

Pas au milieu d'un site dont l'importance culturelle est telle que des dizaine de million de personnes peuvent vous en citer le nom, dans et hors de nos frontières, un site qui représente pour l'imaginaire de toutes ces personnes un ancrage aussi profond que nécessaire.

voici un lien pour vous mettre au courant et soutenir l'association qui se bat depuis des années pour protéger la forêt de Merlin et de Vivianne.

http://www.sauvegarde-broceliande.org/

Bien à vous,

Tortequesne

sculptures de fées




Je travaille en ce moment sur une nouvelle sculpture en argile et je ne résiste pas à l'envie de vous montrer quelques unes de mes créations.


Le rapport aux fées est une chose subtile et fugace. Voir une fée, c'est une rencontre entre l'émotion, le regard et... Autre chose. Que nous essayons de retranscrire au mieux. C'est ce que j'essaye de faire avec mes sculptures comme avec mes contes de fées.

Le Géant Harengus

Bien le bonjour !

Voici un conte que j'ai écrit sur la demande de l'association "Les amis des géants de Seclin" pour le baptème de leur géant : Harengus. Rencontrer l'association, et particulièrement son président, (Raymond, mes salutations.) a été une de ces expériences qui vous laissent un souvenir lumineux. J'ai été honoré d'avoir pu participer au baptème de Harengus junior ce matin de printemps. Et puis, danser le Rigodon main dans la main avec le maire de Seclin, ca laisse des souvenirs !
Trait entre la légende et l'histoire, entre le pays et son peuple, entre le présent et la mémoire, les géants sont LA pierre angulaire de la tradition du Nord.

Alors, si vous croisez TIT FRERE, HARENGUS ou MARGUERITE passez leur le salut du Tortequesne.



Un conte de Flandre

Le comte de Flandre est revenu ! Baudouin, le neuvième, qu’on disait mort en terre sainte, ce Baudouin là qui fut si brave qu’on le fit empereur de Constantinople, le comte de Flandre est revenu ! Comme un moine ou un pénitent, il est réapparu et a réclamé sa terre. Il l’a réclamé à sa fille Marguerite, bien surprise par ce retour si inattendu, si inespéré, si étrange… Ce père qu’on disait enterrer, était-il ce grand gaillard roux en robe de bure et au regard de braise comme habité de fièvre ?Marguerite au fond de son cœur l’aurait bien voulu croire, mais elle savait bien quelles ruses et quelles bassesses pouvaient faire certain pour s’emparer de la belle terre de Flandre. Elle-même n’avait elle pas été la prisonnière du roi de France, qui convoitait le comté ? Sa sœur n’avait-elle pas dû épouser un de ses fidèles, ce prince Ferrant qui eut la bonne idée de mourir à la bataille pour laisser son épouse régner sur sa terre avec bonté et justice ? Maintenant, Jeanne aussi était dans la tombe et Marguerite régnait à présent dans pour laquelle sa famille avait tant œuvré.Après tant d’années, qui pouvait être ce moine qui se prétendait empereur, ce gaillard roux qui rameutait la foule et qui faisait chuchoter dans le pays : " Le comte de Flandre est revenu ! Le comte de Flandre est revenu ! " ?
Sombre étaient les pensées de Marguerite alors qu’elle visitait l’une de ses foires qui faisaient la richesse et la joie des villes de Flandre.Or voilà que l’un de ses gardes bouscula un vieil homme en haillon, un vagabond, portant le bourdon du pèlerin. " Place ! " Cria le garde " Place pour notre comtesse Marguerite ! "Et le garde pour faire bonne mesure rudoya encore le malheureux. Marguerite se mit en colère :" Allons ! Que cet homme aille librement et que l’on n’en dise pas qu’en ma terre on y maltraite les passants, qu’ils soient nobles ou petites gens. "Et elle releva elle même le vieil homme, portant même la main à sa ceinture pour lui faire l’aumône." Marguerite. " Fit celui-ci. " Voilà bien des années que je ne t’avais vue, moi qui t’ai mise au berceau. "Surprise la comtesse dit :" Vous me connaissez, mais je suis née en la cité de Valenciennes dans le Comté du Hainaut. "" C’est vrai, comme il est vrai que j’y étais, et que j’ai bien connu votre père et votre mère. Je fus le compagnon du Comte Baudouin à la croisade et l’ai suivi jusqu’au bout, et aussi votre mère dans ses derniers instants. "
" Alors, vous avez connu mon père ? Dites moi alors votre avis, sur ce moine roux qui prétend être l’empereur de Constantinople. Est-il mon père, est-ce la vérité? "Le vieil homme hocha la tête et répondit :" Non point car mon seigneur Baudouin est mort dans mes bras à Andrinople. Ah, Marguerite, malgré ses soucis et les dangers de ces terres lointaines, ses pensées étaient ici, avec vous, votre mère et votre sœur, et seul un songe l’avait un peu rassuré. Car mon seigneur le comte m’avait confié avoir rêvé d’un poisson d’or qui lui avait dit " n’aie pas de peur pour ton comté. " A ces mots Marguerite devint toute pâle, mais l’homme lui dit encore :" et ce n’est pas tout, votre mère fit le même rêve peu avant que la fièvre l’emporte auprès de son défunt époux. Le poisson aux reflets d’or lui a dit : " Ne t’inquiète pas de tes filles et de ton comté ! "Et marguerite pâlit encore." Est-ce donc vrai ? Alors que j’étais prisonnière du roi de France, j’ai un jour vu jaillir d’une fontaine un poisson aux reflets d’or qui m’a dit les mêmes paroles, il m’a dit ces mêmes paroles et que, comme ma sœur, je serais la bienfaitrice de mon peuple. Jamais je n’avais osé le dire car je croyais avoir rêvé. "Le vieil homme soupira et dit :" Alors le roi poisson est apparu trois fois pour rassurer votre famille. Il vous a donc donné sa protection. C’est un bon signe car quand la terre de Flandre faiblit, jamais la mer ne nous a manqué pour subvenir à tous. Tu as eu cœur généreux à donner de ta peine pour relever un vieillard et lui donner de ton bien. Garde ce cœur là, aie amour et respect pour ta terre et elle te rendra ta confiance. Et si la terre faiblit, tourne toi vers la mer, elle ne te fera jamais défaut. "Marguerite accepta ce conseil et dit encore au vieil homme :" ne peux-tu m’aider à confondre ce moine roux qui se prétend comte de Flandre ? "" Ha, mais qui croirait un vieil homme qui aujourd’hui court les routes à la recherche de son salut, un errant dont plus personne n’a gardé la mémoire ? Les gens veulent croire au retour de leur comte bien-aimé et leurs cœurs seront plus enclins aux jolis mensonges de ce mauvais-là qu’à mes tristes vérités. Non. Je ne puis t’aider ainsi. Mais je te donnerai ceci, que ton père me remit il y a bien longtemps : C’est une relique, une épine de la couronne du Christ. Tiens la dans ta main quand tu le verras et tu sauras quel est le cœur de ce moine là. Adieu Marguerite, et souviens toi : Le roi poisson veille sur toi et notre terre. Fie toi à lui et la terre ne te manquera jamais. "
Troublée par ces paroles, elle y réfléchit longuement et fit savoir qu’elle accepterait de rencontrer le moine roux afin d’examiner ses prétentions.Elle se rendit donc au lieu où il avait l’habitude de parler à la foule, sur le bord de la rivière, tandis que lui même parlait juché sur une barque à fond plat. Et il avait fière allure le bonhomme, malgré la pauvreté de ses vêtements. Et il parlait bien ! Et il semblait si sûr de lui ! Ce pouvait-il que malgré tout…Dissimulé dans la foule, Marguerite serra bien fort la relique donnée par le vieil homme et observa le moine de tous ses yeux.Et voilà, comme un voile qui vous obscurcissait la vue et qui se déchire, que Marguerite peut voir ce qu’elle n’avait pas vu jusque là. Ce regard de convoitise et de malveillance, elle le connaissait bien, c’était le même regard qu’avait le Roi de France quand il caressait l’idée de s’emparer de la Flandre ! Et il flamboyait, il flamboyait… Ho non, cet homme n’était pas son père et n’était même pas un homme ! Car à le voir ainsi, il paraissait comme un démon gesticulant, tandis que la foule buvait ses paroles avec ravissement. Un démon, oui ! Un diable…Marguerite serra encore plus l’épine et murmura :" Roi poisson, si tu veilles vraiment sur ma terre et ma famille, fais que ce diable ne s’empare jamais du comté de Flandre. "Et voilà que l’eau bouillonne à côté de la barque ! Et sous les yeux médusés de la foule et de Marguerite jaillit un poisson doré, si grand, si grand, que bondissant par dessus la barque, il parvint à gober le moine roux tout entier, d’une seule bouchée, avant de replonger dans les eux de la rivière !Il y eut grand bruit, beaucoup d’émotion, mais il fallut peu de temps pour que chacun se réveille du charme lancé par le démon roux et que la Flandre s’apaise.
Marguerite regagna son château de Gand et put régner en paix…En paix ? Pas tout à fait, car le diable, furieux de n’avoir pu s’emparer du trône de Flandre, y sema le malheur. Partout on signalait le fantôme du moine roux et partout où il apparaissait, famine, maladie et chagrin s’installaient.Rude temps pour la Flandre, temps de disette, tandis que les ennemis des comtesses menaçaient sa terre.Elle décida d’ouvrir pour soulager de la misère ceux qui en souffraient le plus un hôpital, pour laquelle elle donna terre et rente, bois et pierre pour la construction.Ses conseillers en étaient tout marris, songer ainsi aux pauvres quand l’ennemi menace ! Mais la comtesse tenait à son projet et le fit faire si bien que le bâtiment sortit promptement de terre." Il nous a été donné beaucoup, aussi c’est beaucoup qu’il faut savoir rendre ! Que cet hôpital soit le signe de notre volonté de lutter contre tous les maux, et surtout les plus graves, l’envie et la cupidité ! "Mais les conseillers répondirent :" Passe pour le terrain, la pierre, le bois ou la monnaie, puisque telle est votre volonté. Mais la disette règne, où trouver de quoi nourrir tous les miséreux qui s’y présenteront ? "Et Marguerite, se souvenant des paroles du vieil homme répondit :" Puisque la terre faiblit, tournons nous vers la mer qui ne nous a jamais fait défaut. J’ordonne que le port de Mardyck fournisse chaque année 15000 Harengs pour la nourriture de l’hôpital. "
Il était une fois la terre, il était une fois la comtesse. Il était une fois TIT Frère…C’est un rude métier que celui de pêcheur et TIT Frère s’y entendait à le pratiquer. Il la connaissait bien, la mer et ses secrets. Les lieux où pêcher et ne pas pêcher, la couleur des vagues, les humeurs du vent…Pourtant, jamais on n’avait vu pêcheur plus malchanceux. Quand les autres relevaient des filets pleins à craquer, il avait toute la peine du monde à attraper un merlan. Il n’en avait pas toujours été ainsi, pourtant, mais la malchance semblait s’attacher à l’étrave de TIT Frère et les mauvaises prises succédaient aux mauvaises prises. A la maison, c’était la misère pour lui son épouse et ses enfants. Au port, c’étaient les regards de commisération des autres marins et parfois un rire sous cape qui lui mettait le rouge au front…Et voilà un matin TIT Frère qui se lève tout tremblant. Sa femme lui demande ce qui lui arrive, mais notre pêcheur s’en va tout aussitôt à l’église pour parler à son curé. " Mon père, dit-il, j’ai fait un rêve très étrange. J’étais en mer, sur ma barque, quand soudain, j’ai vu le visage d’une femme au creux des vagues. Elle était belle et sereine, et une voix s’est fait entendre qui m’a dit : " Pêche pour les pauvres ". C’est alors que j’ai reconnu l’endroit où j’étais : C’était la baie des Sierines, où nul ne va jamais pêcher. Mon père, quel est votre avis. Etait-ce la Mère de notre seigneur qui me fait un signe, ou est-ce les si erines, ces femmes de la mer, ces dévoreuses de marins qui tentent de m’attirer pour me noyer ? "Le prêtre réfléchit un moment avant de répondre." Je crois que ce rêve t’est plutôt envoyé par la mère de Notre Seigneur, TIT Frère. Après tout, n’est-ce pas parmi les pêcheurs qu’Il a choisi ses premiers compagnons, n’est ce pas un poisson qu’avaient adopté comme symbole les premiers chrétiens ? Par ailleurs, les si érines ne s’occupent pas des pauvres plus que des riches quand il s’agit de les emmener au fond de l’eau. J’ignore ce que signifie ce signe, mais je le crois de bon augure. Reprend ta barque et va sans crainte. "Et TIT Frère remercia le prêtre et s’en retourna à son embarcation.C’est alors qu’il était en mer que la missive de la Comtesse Marguerite arriva au port de Mardyck. Le bourgmestre réunit tous les notables de la ville pour en discuter, et comme de bien entendu, le prêtre de la paroisse fut de la réunion.On grommela beaucoup sur les quinze mille hareng à remettre chaque année. C’était une grosse commande. Il y avait de quoi occuper un pêcheur à plein temps. Mais à qui confier cette responsabilité ?" Hé, moi je le sais bien, à qui il faut la donner. " Fit le prêtre tout sourire." Et à qui donc ? " Demandèrent les conseillers d’une seule voix." Si vous m’en croyez, c’est à TIT Frère et à nul autre que vous confierez cette tâche. "" A TIT Frère ? " S’exclama l’un." C’est vrai que sa famille en aurait bien besoin, de cette commande. Cela les sortirait de cette misère. Mais… "Fit un autre sans oser finir." C’est que TIT Frère n’est peut-être pas assez bon… "Fit un autre avec plus d’audace. " C’est quand même quinze mille harengs… "Mais le prêtre agita la main pour chasser toutes les objections et leur dit :" Croyez m’en, mes bons amis, c’est TIT Frère qui doit se charger de cela. Mais attendons de le voir revenir avec les prises de la journée. Nous verrons bien si sa malchance perdure. "Et l’on convint d’attendre le retour du pêcheur.
TIT Frère de son côté, avait jeté encore et encore ses filets dans les meilleurs coins de pêche qu’il connaissait, mais ce jour là encore, les poissons semblaient le fuir comme la peste. Il n’avait à la mi journée pas ramené de quoi faire une friture !
Il se décida alors à mener sa barque dans la Baie des Sierines, ainsi que lui avait recommandé son rêve. Mais ses premiers lancers ne donnaient rien de mieux. Et rien, rien ne venait, et TIT Frère s’acharnait en vain.Quand soudain, il aperçut un éclat brillant dans les rets de son filet.Le cœur battant, les yeux brillants, il tira, tira… Et sortit de l’eau un poisson comme il n’en avait jamais vu ; long comme le bras, brillant comme l’or, aux nageoires de forme étrange. Un poisson dont nul en terre de Flandre n’avait vu le pareil. Un poisson qu’aucun pêcheur au monde n’avait sûrement attrapé.Contemplant sa prise, TIT Frère rit en se frottant les mains." Ha ! Ils vont voir au port, quel pêcheur il est, le TIT Frère ! Une prise comme celle-là, on en parlera encore du temps de mes petits enfants. On va voir qui va rire ! Et puis, un poisson comme celui-là, un riche marchand le voudra sur sa table ! Hé ! Hé ! On m’en donnera le meilleur prix, c’est sûr ! "Mais plus il regardait le corps de ce poisson, plus il se sentait incertain. On n’est pas pêcheur sans connaître un peu des secrets de l’océan, comme on n’est pas forgeron sans apprendre un peu de la magie du feu. Et TIT Frère se disait bien qu’un poisson comme celui-là n’était fait pour être pêché. Il y avait dans ce poisson quelque chose comme dans le cerf au dix cors dans le creux de la forêt, comme dans l’aigle dans le ciel. C’était une bête d’exception, dont on ne trouve pas le pareil. Il y avait quelque chose de sacrilège dans cette prise. Mais pardieu ! L’argent qui manque tant à sa famille ? La réputation auprès des autres marins ?Et puis, il se souvint de la parole entendue en rêve : " Pêche pour les pauvres ! "TIT Frère sourit." Quoi que tu sois, on ne peut pas t’appeler une pêche de pauvre. Retourne dans ton domaine, et pardon de t’avoir dérangé. "Et TIT Frère rejeta le poisson doré à l’eau et avec lui, ses rêves de notoriété et de fortune. Puis il relança son filet. Mais au moment où il veut le relever…Il a beau tiré de toutes ses forces, pas moyen de le sortir de l’eau !Il se penche par dessus le plat bord et vois là dans l’eau, tant et tant de poissons qu’il y a plus de poissons que d’eau. Ils sont si nombreux, si serrés, que le filet menace de craquer.Mais alors que TIT Frère se demande comment monter à bord toute cette poissonitude, voilà que les poissons jaillissent d’eux-mêmes des flots pour s’écraser en tas au fond de la barque.Quand TIT Frère rentra à Mardyck ce soir-là, il fut bien étonné de voir l’attendre sur le quai tous les notables de la ville. Mais il fut moins étonné encore que ces notables à le voir ainsi, sa barque au bord du naufrage à force d’être chargée par une masse énorme de harengs. Si une pêche pouvait être qualifiée de miraculeuse, c’était bien celle-là, et on en parla encore du temps des petits-enfants de TIT Frère, et bien au delà puisque je vous en parle encore. Portant bien son nom, le harengs ne se déplace qu’en masse compacte et forme une armée qui en l’occurrence apporta le salut, apaisa la faim et devint la réponse au peuple de Flandre. Toutes les charrettes envoyées par la Comtesse pour le premier chargement furent remplies en une journée et tous les fumoirs du pays travaillèrent doublement pour s’occuper de ces poissons, et l’hôpital de la comtesse fut assuré de ne pas connaître la faim, tant que TIT Frère fut chargé de l’approvisionner.
En ma terre de Flandre on sait tendre la main, on sait ouvrir la porte, et celui qui a goûté à l’hospitalité chez nous ne l’oubliera pas de sitôt. C’est que cette terre est généreuse et que, si elle faiblit, la mer ne lui fait jamais défaut. Mais comme il faut rendre quand beaucoup nous a été donné, on a gardé souvenir reconnaissant de ce " Gus Hareng " qui fit tant de bien, et en un certain bourg, celui de Seclin, on fait fête autour d’un curieux géant, un poisson couronné d’or, le Géant Harengus !
" Contes et racontars, mensonges et vérité, je vous les ai dit, à vous de les démêler. Croyez moi, ou ne me croyez pas, mais cette histoire est terminée. "

jeudi 5 avril 2007

Album Souvenir : LA COMPAGNIE DES GLACES

Fascinante expérience que ce tournage, qui s'est déroulé sur le site minier de Wallers Aremberg. Arrivé pour faire de la figuration, j'ai rencontré des gens passionnants et une ambiance à nulle autre pareille.

Pour la petite histoire, après la première séance qui me promettait deux dixième de secondes à l'écran, j'ai concocté un costume qui m'a valu de me faire remarquer assez pour passer silhouette. (On me vois de face et un des acteurs principaux me parle à môaaaa !!!)

On se fait gloriole de peu de choses, mais j'ai vraiment vécu des moments très intéressants.
On m'a dit que la série passerait sur France2. Si vous la voyez, guettez le Blackmarketter en tenue de Mad Max XXXXL. Sa barbe vous dira peut être quelque chose !

Petits aléas de la vie, j'ai croisé sur le plateau le photographe Damien LETOREY rencontré à l'exposition des arts féériques organisé à Lille Fives par l'eeexcellent Jim Colorex. (Son site est en lien. Passez y donc surtout si vous aimez la fantasy et le chainmail bikini. Mais ce n'est qu'une facette de son oeuvre.)

Il a eu la gentillesse de me prendre ces quelques clichés, convainquant même l'héroïne principale de poser avec moi.

Son culot et son naturel ont été une vraie leçon pour moi.



Si tu me lis, Damien, un grand merci.








lundi 2 avril 2007

Album souvenir.


Bonjour à tous.

Je commencerai ce blog par une série d'albums souvenir.
Cela fait quatorze ans. Déjà. Il y a quatorze ans, je décidais de devenir conteur.
Cela c'est passé au Château de Comper, en Bretagne.
Nous y étions allé, mon cousin Vincent et moi, en purs touristes, avec nos petites motos rafistolées et nos rêves plein la tête. Nous comptions rester quelques jours à Paimpont, cap sur lequel nous avions décidé d'entamer notre périple, puis de rayonner sur la Bretagne selon nos humeurs.
On n'a plus décollé de la Forêt de tout le reste de notre séjour.

J'ai conté au bord de la fontaine de Barenton. Mon premier public "non initié". Entendez par là, qui n'était ni de la famille, ni de mon cercle de copain, ni pratiquant de ces jeux de rôle dans lesquels j'ai fait mes premières armes.

J'ai eu la révélation que c'était là ce que je voulais : Devenir conteur.

Quelques jours plus tard, nous étions allé assister à un spectacle fait au Château de Comper dans le cadre des activités du Centre de l'Imaginaire Arthurien. Un personnage présentait le spectacle, vétu d'un costume médiéval, passionnant la foule et la faisant entrer dans un autre univers, le temps d'une promenade fantastique le long des berges du lac de Vivianne.

J'ai murmuré à mon cousin :

" Tu vois ce type ? Un jour, c'est moi qui serais lui. Moi qu'on écoutera, à la même place."

Quelques avatars, stages de contes, années de théâtre et autres petits boulots d'animation plus tard, sans compter deux histoires d'amour et longs mois d'incertitude existentielle, treize années ont passé. Années durant lesquels je me suis construit, au fil des opportunités et des hasards, une pratique de conteur.
Je suis revenu au Pays de Brocéliande, au Château de Comper.
Et cet été là, j'ai bouclé la boucle. Le temps d'une lecture, j'étais là, c'était moi qu'on écoutait dans mon costume patiemment élaboré au fil des rencontres (merci Del, merci Max, merci Gaëlle), moi qui captivait la foule et lui ouvrait les portes d'un univers.

C'était il y a deux ans. La directrice m'a fait voir le programme des activités de cette année. On m'y voit conter sous le grand chêne torturé qui semble ancrer les mythes et les légendes au bord du lac, dans une de ces poses où l'esprit vous habite et sourd à travers vos paupières closes, tandis que vous n'êtes plus qu'un canal trop étroit pour le flux de la muse (Merci Hervé pour la photo.). J'ai été ému.
Baladin. Jongleur de rimes de mirliton. Grand coureur de prétentaine. Qu'ai-je accompli ?
D'aucun diront que c'est fort peu.
Moi je vous dirais juste que je suis devenu ce que je voulais devenir.

Il reste tant de sentier à courir, tant de mots à dire, tant de rêves à partager.
Je ne sais ce qui m'attend le long du sentier, mais je pourrais d'ore et déjà dire au terme de mon parcours, quand mon visage sera griffé par l'habitude, et que la raie de mes cheveux déserteurs sera remplacé par les sillons ravinés du grand âge, quand je parviendrais au temps où, proche de l'épilogue, je pourrais avoir une vue d'ensemble sur ma propre histoire, oui, je pourrais dire tel Casanova à ses amis le pressant d'écrire ses mémoires :

"J'ai souvenir d'avoir été heureux."